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Le chemin de Loulette est sérieusement menacé de destruction irréversible par la construction à sa place d’une route et d’un parking.

 

 

Le chemin de Loulette est un chemin en creux traditionnel situé entre la dernière maison du tissu urbain et un muret en élévation en pierre sèche qui limitait l’accès (notamment pour les animaux domestiques) aux parcelles en terrasses situées entre le chemin et le ruisseau. Les accès aux parcelles se faisaient par des passages interrompant le mur avec encadrements de portes ou portillons. Il avait indubitablement un caractère patrimonial correspondant à une typologie traditionnelle des aires de circulation appelées trencats (tranchés) faisant aussi partie des aménagements hydrauliques. Ce chemin débouche sur le ruisseau et le franchit dans un contexte d’aménagements remarquables et bien conservés. Il arrive sur un tancat en voûte en parfait état qui soutient un atterrissement ayant permis le franchissement du ruisseau à gué. Ce ruisseau a été canalisé dans une robina constituée de murs parallèles délimitant l’écoulement des eaux et protégeant les terrasses aménagées de part et d’autre. Cet ensemble montre très bien comment le ruisseau a été aménagé, y compris dans le tracé de son cours qui a été dévié de manière à édifier puis à préserver une parcelle cultivable de grande superficie (à l’échelle locale) et arrosable. Cette parcelle conserve son mur d’enclos en pierre avec sa porte encore intacte. Manifestement ces dispositifs d’aménagement du ruisseau ont un caractère patrimonial remarquable.

 

Le rapport de l’enquête publique réalisée en 2011 est édifiant puisque, concernant le projet d’aménagement envisagé, il décrit page 8 que « le site présente un caractère cévenol exemplaire avec ses murets de pierre bordant les jardins en terrasse entre lesquels se faufile le chemin creux qui mène à la rivière et qui était autrefois souvent emprunté. La collectivité ne tirerait-elle pas bénéfice à restaurer dans la tradition cet ensemble terrasses-chemin qui redonnerait du caractère au quartier et apporterait une plus value patrimoniale et touristique au village ? » Et il recommande dans ses conclusions de « trouver le bon dimensionnement du projet de manière à réaliser un projet utile tout en mettant en valeur le caractère patrimonial de l’ensemble chemin-murets-terrasses, typiques des villages cévenols ».

Or le maire a caché au conseil municipal le résultat de cette enquête publique alors que nous la lui avions pourtant demandé.

Et, dès lors, nous n’avons pas pu produire cette enquête publique devant le tribunal administratif, à qui nous demandions la suspension de l’exécution des travaux, et ce dernier a rejeté notre demande notamment parce qu’une atteinte à un intérêt public n’était pas suffisamment établie.

Mais ces travaux :

  1. ne poursuivent pas l’intérêt public (en effet, si le maire invoquait devant l’organe délibérant que les baigneurs de Loulette et l’un des groupes de chasseurs avaient cruellement besoin d’un parking à cet endroit précis, des élus avaient rappelé que la commune a construit il y a 3 ans un parking d’une trentaine de places dans le Faubourg à une centaine de mètres du chemin de Loulette, que le plan d’eau ne pouvait pas être aménagé et que la mairie est en train de planifier la construction d’un local de chasse communal ailleurs) ;
  2. portent une atteinte irréversible à ce qui a été reconnu patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2011 ;
  3. n’ont pas été décidés par le conseil municipal, que le maire a seulement réduit à choisir l’entrepreneur qui les réalisera.

Les associations nationales renommées Maisons Paysannes de France et les Artisans Bâtisseurs en Pierres Sèches ont rendu des avis négatifs sur ce projet d’aménagement.

Un rapport périodique est réalisé tous les six ans pour l’UNESCO, il est destiné notamment à veiller à ce que le bien est conservé et, à défaut, l’UNESCO peut revenir sur les frontières du bien qu’il labellise. Le rapport périodique de 2014 évalue l’état de conservation du bien et note page 14 dans la partie Commentaires, conclusions et / ou recommandations concernant le statut de patrimoine mondial que « Les élus se mobilisent sur la conservation du patrimoine« . En effet, ils ont un rôle certain : si les collectivités ne respectent pas le patrimoine dans les actions qu’elles entreprennent, la conservation de ce dernier n’est pas garantie car le patrimoine perdra son authenticité petit à petit au fil des travaux réalisés ci et là (comme dans le cas d’espèce). Et la perte du label UNESCO de ce fait est une perte fortement préjudiciable pour ces territoires, qui vivent du tourisme et de l’agriculture. Le label UNESCO est un atout essentiel pour Saint-André-de-Valborgne et il peut être remis en question si la commune ne conserve pas son patrimoine.

La commune de Saint-André-de-Valborgne a adhéré au Parc national des Cévennes. Elle ne se trouve pas dans le zone dite « coeur » du PNC mais dans l’aire d’adhésion néanmoins, ce qui signifie qu’elle n’est pas contrainte par la réglementation du PNC et cela est expressément relevé dans le rapport périodique de l’UNESCO qui considère que le patrimoine n’est donc pas protégé par la réglementation. Néanmoins la commune doit moralement respecter les orientations du PNC. Concernant la pierre sèche, la Charte du PNC évoque à la page 149 que les communes adhérentes doivent : « 1. soutenir une démarche de sensibilisation imprégnée du bien-fondé du maintien de ces paysages, de cette technique de maçonnerie et de ce type d’ouvrage, / 2. inventorier son patrimoine en pierre sèche, assurer la préservation et la promotion de leurs paysages et des ouvrages en pierre sèche essentiels à la gestion de l’eau et des sols, garantir la promotion de ces pratiques artisanales et agricoles, […] ».

Notre avocat a introduit le 14 juin 2018 un second référé-suspension devant le tribunal administratif de Nîmes sur le fondement notamment de ces éléments nouveaux. Cela ne suspend pas l’exécution des travaux (seule l’ordonnance du juge la suspend) et le maire nous informe fièrement avoir ordonné l’exécution des travaux pour ce mardi 19 juin 2018.

Ce patrimoine cévenol va-t-il donc être détruit ?

Le maire et la majorité municipale doivent trouver la sagesse de ne pas maintenir l’exécution des travaux et d’attendre que le juge examine dans deux semaines notre demande de suspension de ceux-ci notamment pour atteinte à un intérêt communal. (L’entreprise chargée des travaux en comprendra tout à fait l’intérêt puisqu’elle est locale et certainement attachée à notre patrimoine.)

Mesdames Isabelle Montet et Camille Halut
conseillères municipales pour Saint-André-de-Valborgne